lundi 30 janvier 2012

D'un regard, un baiser...

La toile regorge de personnalités toutes aussi différentes les unes que les autres. 

Il y en a qu’on voit arriver avec leurs gros sabots. D’autres, égocentrés, que l’on démasque en quelques propos. D’autres encore, que l’on peine à cerner, qui dérangent mais dont on ne sait pourquoi. Ceux pour qui on craque plus vite qu’une allumette.  Et il y a lui.

Je me souviens nos premiers échanges. J'avais tenté de le botter en touche sans succès. La raison ? Simple. Un homme marié et qui dit "marié", dit "pression supplémentaire", emploi du temps inconciliable, silences intempestifs et timing de compet... et puis exit les matins câlins, les soirées sulfureuses, les imprévus exquis.

Dommage, car c'est le genre d'homme qui me plait. Outre une attirance physique évidente, j’aime son assurance posée. Cette sérénité qui se dégage de ses actes. Il assume ce qu’il est et je n’ai qu’à me laisser porter. 

Pourtant je m'interroge toujours.
Est-il aussi séduisant dans la réalité qu’il ne l’est derrière son écran ? 
Je n’oublie pas que le charme et la persuasion font partie de son métier. 
Ne suis-je pas finalement le dindon de la farce ?

Pour en avoir le coeur net, je décide de passer à la vitesse supérieure en acceptant son invitation à nous rencontrer. Le rendez-vous est fixé.


...

Je suis en retard. 
Quelle idée aussi de céder à la tentation d'un plaisir solitaire juste avant de partir ! Je n'aurai qu'à lui glisser au creux de l'oreille et je serai pardonnée. 
Enfin, j'espère ... car je crois sentir une pointe d’agacement dans sa voix quand je l’appelle pour le lui signaler ? 

J'avale les kilomètres qui nous séparent et quand j'arrive, le parking est bondé et les voitures autour de moi sont vides. Le téléphone vient à mon secours.

Les premières minutes sont déroutantes… Je me sens un peu gauche, je ne le sens pas très à l’aise. Mon esprit cogite… Il ne s’attendait manifestement pas à « me » voir, pas à ce que je passe du « Vous » au « tu » avec une facilité déconcertante. 
Je ne peux m’empêcher d’imaginer qu’il se  demande dans quelle galère il s’est fourré et qu’il prie que ce repas ne s’éternise pas !

Ce n’est qu’une fois installés que le malaise s’estompe pour laisser place au trouble.

Il me regarde.  
Il ne m'observe pas du coin de l'oeil, non, il me regarde avec une telle intensité qu’il me désarme. 
Je perds la main et ce n’est pas dans mes habitudes.  
Quant à la serveuse, elle devra passer 3 fois avant d’obtenir notre commande.

Alors que les plats finissent par arriver, je ne manque pas de remarquer la courtoisie dont il fait preuve en m'écoutant, sans marquer d'impatience, sur des sujets qui lui sont étrangers. Quand je lui laisse enfin la parole,  je regrette  la promiscuité des tables avoisinantes qui semblent fortement intéressées par nos propos. 

Plus tard, je regretterai la table même qui nous sépare pour l’heure.

Puis de nouveau, les regards se font intenses, les pupilles se dilatent tandis que les narines frémissent. Sa voix résonne en moi, apaisante comme une caresse. J’emmagasine ses sourires, l’intensité de son regard, l’expression de chacun de ses traits, le mouvement de ses lèvres.

A cet instant précis, j’ignore !

J’ignore comment, pourquoi, l’attraction du désir est si forte... que faisant fi de la table qui nous sépare, j'en frémis en découvrant la chaleur de ses lèvres sur les miennes. 
Je défaille quand sa langue s'invite dans ma bouche pour cajoler la mienne.
Submergée par le trouble que ce baiser me procure, mon coeur s'écrase dans ma poitrine tandis que mon ventre se creuse et d'autres lèvres s'émeuvent.

J’inspire pour retrouver la raison. Mais c'est sans compter sa bouche que je ne veux pas quitter. Pas encore, pas tout de suite, pas maintenant !
Sa bouche asservissant la mienne, lien fragile se dénouant et se renouant au gré de nos souffles.  
Suspendue à ses lèvres, plus rien n’existe que cet homme qui m’accompagne et qui scelle sur les miennes le désir partagé.


Cette table qui jusqu’alors nous avait réuni m’importune…La frustration s'invite en me refusant une étreinte des corps ! Le feu qu’il vient d’allumer me consume. J’ai envie… envie de ses lèvres encore, de son souffle, de sa langue ensorcelant la mienne.  J'ai encore envie de sentir son parfum flatter mes narines, sa joue rugueuse sous la paume de ma main.  

En quête d'extase, je veux jouir à ses lèvres du tumulte dans lequel il m’entraîne. J'abdique sans concession. Osmose complice, il ne s'agit plus seulement de mes lèvres, mais de tout mon être qui le réclame corps et âme, de la pointe de mes seins tendus sous mon pull, à la chaude humidité de mon entrecuisse, que mes reins creusés laisse échapper.  

Et pourtant.
La décence ne nous permet pas de nous abandonner plus longuement. A t-on deviné à la table voisine qu'il s'agit là d'un premier baiser ? Celui qui scelle dans les chairs le fulgurant désir d'autres envies plus licencieuses encore ?

Je le quitte à regret, tandis que son parfum m'enveloppe encore, tandis que sur mes lèvres abandonnées subsiste l'étreinte fugace qui fut la notre. Si l’espace nous avait appartenu,  nous nous serions aimé sans attendre.

Pour l'heure, j'en veux encore ...

20 Soupirs et Confidences:

  1. Beau texte comme d'habitude mais Dieu que le fond me heurte...
    Je suis, voyez vous, de la vieille école, de celle ou l'on ne pose ses lèvres que sur celles de la femme aimée, de celle ou l'on ne trahit pas, de celle ou l'homme respecte sa parole.
    J'aime vos mots chère Eff, et je ne puis admettre qu'il s'agisse là d'autre chose que d'un fantasme,tout du moins je le souhaite...
    car je vous tiens en trop haute estime pour me résoudre à vous voir vous compromettre à un aussi vilain baiser...
    Un baiser construit et ne détruit pas.

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    1. Sourire Arthur,

      Vous me renvoyez au début de notre Libertinage lorsqu'ACDS et moi avions exclu le "baiser" des "autorisé" puisqu'il représentait, comme vous, l'existence de notre amour.

      Au fil du temps, force a été de constater que cet amour n'avait pas besoin de s'aliéner à notre bouche pour exister. C'est donc naturellement que cet "interdit" est devenu "autorisé".

      Ce n'est pas à vous, mon cher Arthur, que je vais apprendre que la dimension et l'intensité que l'on donne à un acte, dépend de notre volonté et d'elle seule.

      Le baiser est une caresse comme une autre, particulière par l'aura qu'on lui donne, mais une caresse quand même.

      Vous me renvoyez à ce reportage où un homme marié va "aux putes" pour se faire sucer non pas parce que sa femme ne pratique pas la fellation, mais parce qu'elle est la mère de ses enfants et qu'il ne conçoit pas qu'elle puisse les embrasser tout en le suçant lui.

      Je terminerai enfin sur une expérience personnelle. Croyez-vous que si je n'avais pas su détacher mon corps de mon esprit, j'aurai pu surmonter le viol "conjugal" que j'ai subi ?!

      " Pour comprendre qu'être jaloux charnellement est une idiotie, il faut avoir été un libertin. »
      Cesare Pavese

      "Pour comprendre que l'Amour qui lie deux êtres dépasse le seul stade charnel, il faut avoir été une Libertine."
      Eff :)

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    2. Je ne vous juge pas chère Eff et vous le savez bien.
      Chacun a son histoire.
      Ce que je voulais exprimer était autre.
      Il ne s'agit pas là d'adultère car je trouve le mot grotesque, mais de complicité amoureuse.
      Je serais absolument incapable de déposer un baiser sur d'autres lèvres que celles de ma femme, mais pas par interdit ni tabou...
      Juste parce que physiquement, j'en serais incapable.
      J'ai été aussi un libertin, mais j'ai trouvé un tout et ce tout ne m'interdit rien, pas meme la chair de l'autre.
      Seulement voilà, pourquoi la chair de l'autre quand on a un tout?
      J'ai lu avec émotion et colère la ligne que vous avez faite sur votre viol conjugal.
      Je ne dirai meme pas ce que j'en pense tant mon aversion vis à vis de genre d'hommes est conséquente.
      Je comprends votre démarche, j'ai meme écrit un roman sur l'échangisme.
      Le plus émouvant baiser qui m'a été donné de recevoir?
      Celui que ma femme a déposé sur mes lèvres, le jour ou je lui ai appris qu'elle était atteinte d'un cancer...
      Pas très excitant tout cela.
      Pas très glamour non plus.
      Juste une tendresse, fragile comme une plume, éphémère comme un sanglot...
      Entre un tout et un incommensurable vide...

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    3. Rassurez-vous Arthur, je n'ai pas eu le sentiment d'être jugée.
      Que vous ne puissiez pas poser vos lèvres sur d'autres lèvres que celle de votre femme n'engage que vous.
      C'est ce qui fait le monde: nos différences
      Je parle ici d'émoi physique et non de sentiment amoureux.

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    4. "Sucer n'est pas tromper", "embrasser c'est trahir"...
      Je suis entière et la simple pensée, le simple désir que je ressens profondément pour un autre, une autre, peut être considérée comme une trahison. Je crois même que les désirs sont parfois bien pires que les actes, parce qu'ils peuvent nous consumer en silence, car ils s'expriment dans l'ignorance parfaite de cet autre avec qui l'on partage "officiellement" sa vie.
      Non, désolée, ce débat-là ressemble à du politiquement correct pour moi.
      On trompe quand l'autre ne sait rien de ce qui se trame dans son dos et quand on sait qu'il est formellement opposé à des unions en dehors du couple.
      Que ce soit avec ou sans la langue, par la pensée ou par la chair n'enlève rien ou n'ajoute rien à la trahison, de mon point de vue.
      Et je dis ça très calmement. Pour avoir vécu les deux situations... et en attente de vivre la troisième (un libertinage consenti mutuellement, voire partagé).
      Je rejoins ma chère Eff en conclusion : les effusions charnelles sont bien distinctes du sentiment amoureux, avec ou sans baiser...
      Mais ce n'est qu'un avis ;-)

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  2. j'ai une rencontre du Boudoir que j'ai vu 3 fois et avec qui j'ai échangé un baiser à chaque fois...c'est très fort à chaque fois et je n'arrive pas à voir le baiser comme une trahison.
    C' est une très belle caresse érotique. puissamment érotique.

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  3. Je ne parle pas de trahison.
    Je parle d'Amour sublimé

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  4. oui je comprends mais dans votre commentaire, j'avais cru comprendre le contraire.
    je crois en plus au baiser qui retranscrit tout l'amour profond entre deux êtres. et on est bien d'accord, je parle d'amour sublimé,profond , respectueux ...

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    1. En effet Dita, j'ai eu le même sentiment en lisant Arthur !
      Et j'en reviens que le "baiser d'Amour" ne nait que de la dimension que l'on veut lui donner !

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  5. Chère Effrontée, on meurt d'envie en vous lisant d'être derrière cette table et de recevoir un tel baiser...

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    1. Alice, avec du retard, vous remercier pour vos mots...

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  6. Les baisers avec la langue sont déroutants
    RCL

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    1. Toujours RCL, dans le bon ou mauvais sens !

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  7. tout à fait daccord avec alice!!!
    vous décrivez si bien ces sensations...

    isabelle.

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    1. Merci Isabelle, j'ai essayé en tout cas, même si je n'ai pas retranscris tout ce que j'aurai souhaité

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  8. Bah oui, il ne faut pas faire de discriminations avec les hommes mariés ! (ce sont des goujats comme les autres :-)
    Plus sérieusement, tu as bien raison de savourer ces phases de séduction, même si un baiser romantique semble être le chemin le plus classique, ce sont les meilleurs préliminaires sur la route du plaisir...

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    1. En effet Usclade, je savoure pleinement la phase de séduction car le sexe n'est pas pour moi une finalité en soi... Le cul pour le cul est d'un ennui...

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  9. Très beau texte Eff, verdad ! Quel moralisme par contre dans tous ces "soupirs et confidences". C'est drôle comme vos lecteurs ont besoin de juger d'évaluer vos dires à l'aune de quelque appréciation. Je préfère savourer ces instants magiques que sont les moments de séduction. On en redemande....

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